
credits : Lathika and Ed in The Witness research residency – chloé saffores
2023 The intimacy of strangers
Co-conception of the practice for The Witness’ project : Chloé Saffores, Ed Williams, Cris Arcos, Anouk Neyens, Lathika Vithanage, Olga Marulanda
Choreographer and facilitator : Chloé Saffores
Residency and support : The Witness, Basel Academy of Music FHNW – Music and Scene in Transformation (MuST)
Performances and exhibitions :
– in Improbable Petit Festival, Chaleurumaine, installation with Amrit Douque and Sarah Drapeau ;
– in ICFTH (day version) in Festival HopHopHop, Stuttgart with Ed Williams ;
– in Monday Feast, Marseille ;
– in Improvisation Summer School, L’école des vivants, Alpes de Haute-Provence, with Julien Bruneau and Chiara Minoccheri in a alternative version called “Le message des étrangères” ;
– in ICFTH (day version) in ULM DELTAPLANE, Yonine with Ed Williams
“We have never been individuals” (David Griffiths)
Without even needing to go into a garden and gaze at the ground, we can already observe relationships of interdependence by gazing at our own navels.
We humans are hosts. We shelter a heap of living entities within us. All the micro organisms that live on and in the human body are known as our “microbiome”. Our intestinal tract is our very own teeming, vibrant, changing and noisy garden inside us. A collection of non-lethal bacteria, viruses, parasites and fungi constitute our “gut flora”. The term “borborygmus” refers to the rumbling, growling or gurgling noise produced by movement of the contents of the gastrointestinal tract.
We are studying our bodies as territories. We wanted to listen to what our stomachs had to say; what moves us and what enables us to exist. In a moment of care, contact, and shared intimacy, we lay down on the ground, placing our bodies diagonally to our partner’s, and placing our head on their belly. A choreographic sculpture that becomes a braid made of offerings and listeners, in reference to the dancer-choreographer Mathilde Monfreux’s “relational pastries” (“pâtisseries relationnelles”) from her project Caring Banquise.
The process we’re studying here is called symbiosis. Theorized by the American evolutionary biologist Lynn Margulis, it denotes long-term partnerships between one or more different organisms. It is what one might call a co-existence between distinct creatures. According to the philosopher and dancer Emma Bigé, this prolonged contact – “the intimacy of strangers” – represents “not simply two fully-constituted beings who come into contact with one another, but beings constituted by their coming-into-contact itself. The advantage of symbiosis? You and I exist.”
By familiarizing ourselves with our strangers – listening to our borborygmus – we realize once again that we are composite – that we are not alone.
I am a multispecies creature, living with other multispecies creatures. Sharing Earth, the soil, territories. Are we one ? No. We are composites and we co-habit with other composites, and in this shit, we are together.
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Sans avoir besoin de sortir à la découverte du monde ou à sa conquête, nous pouvons déjà observer des relations d’interdépendance en nous observant nous même, en nous «regardant le nombril». Nous, humains, sommes des hôtes. Nous abritons tout un tas d’entités vivantes : le microbiote humain représente l’ensemble des microorganismes qui vit sur et dans le corps humain. Nous avons un jardin intérieur, grouillant, frémissant, mouvant et bruyant : notre tube digestif. Un ensemble de bactéries, virus, parasites et champignons non pathogènes constitue notre microbiote intestinal (ou flore intestinale). Nous prenons pour étude notre corps comme territoire. Nous avons eu le désir d’aller écouter ce que nos ventres avaient à partager, prendre un temps de repos et d’écoute de ce qui se passe à l’interieur de nous, qui nous meut et nous permet d’exister. Pour cela nous nous allongeons au sol. La sculpture sonore chorégraphiée devient tressage infini d’offrandes et d’écoutant·es. Moment de soin, de contact, d’intimité partagée. Le processus en jeu est la symbiose, d’abord théorisée par la biologiste americaine Lynn Margulis : une association durable entre deux ou plusieurs organismes. Il y a là ce qu’on pourrait appeler une «convivance» entre des créatures étrangères. Selon la philosophe et danseuse Emma Bigé, ce que le contact prolongé, « l’intimité des étrangères », produit : “[…] une interdépendance – ou même mieux, une intradépendance. Non pas deux êtres préconstitués qui viendraient à se rencontrer, mais des êtres que la rencontre constituent. L’avantage à la symbiose ? Toi et moi, nous existons. » En se familiarisant avec nos étrangères, en les écoutant, nos réalisons une fois de plus que nous sommes composites, et que nous ne sommes pas seules.
Nous décidons de révéler nos ventre et nos habitantes.
L’intimité des étrangères, une pratique d’écoute de nos borborygmes, que j’avais proposée lors du projet The Witness à Bâle en 2023 lors d’un groupe de travail avec des musicien·nes chercheur·euses de l’académie de musique de Bâle. Nommé alors «We have never been individuals» depuis l’article de David Griffiths, ce fût un fragment de recherche compost-humaniste que je propose depuis régulièrement dans sa forme sculpturale et sonore. Je facilite cette pièce participative qui met en jeu nos bactéries et notre écoute, une chorégraphie lente en étapes successives d’emboîtement et de déshabillement qui se manifeste en spirale au sol, à écouter le ventre d’un·e potentiel·le inconnu·e pendant qu’un·e autre écoute le nôtre. Cette pièce dure de 5 à 15 minutes, invite au repos et au dévoilement de formes d’intimité à plusieurs niveaux. Les musicien·nes en jeu ne sont autres que nos habitant·es, celles qui vivent dans notre intestin, notre flore. Nos corps sont les vaisseaux, les refuges, les territoires et la scène de leur œuvre musicale, nos oreilles de précieux dispositifs d’écoute et d’amplification lorsqu’elles se collent à la peau du ventre. Nous travaillons en symbiose, ça grouille, ça fait des bulles et de jolis bruits, c’est délicat et grotesque, discret ou tonitruant. Ca fait rire, ça apaise, ça se détend et se dépose.
→ Websites : https://www.thewitness.earth/fragments/we-have-never-been-individuals
https://www.thewitness.earth/fragments/becoming-with-the-others







credits : chambre-lit de nuages pour l’écoute, Improbable Petit Festival, installation w/Sarah Drapeau, Amrit Douque, Pepett’ – Chloé Saffores